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Escrime ambidextre avec Ricardo Pous Cuberes

Montreuil 1 er et 2 juin 2013

 

Ricardo Pous Cuberes est un professeur d'escrime. C'est un ami de José Carmona qui enseigne l'escrime ancienne à l'institut de Théâtre de Barcelone. A l'occasion de ce stage à Montreuil, Ricardo, nous propose avec une bonne humeur communicative de nous initier à sa méthode d'escrime ancienne ambidextre (Destreza).

D'après José Carmona dans son article « du Duel à l'escrime de Théâtre », Ricardo réalise des recherches sur l'escrime espagnole du XVIIème siècle depuis plus de quarante ans. Je note les noms des maîtres d'armes contemporains mentionnés tels que Ladislao Berzeviczy Dessewffy, Heddle-Roboth et Jean Promard mais aussi ceux des auteurs des traités d'escrime espagnols de la Renaissance tels que :

•  Luis Pacheco de Narvaez

•  Jeronimo Sanchez de Carranza

•  Nicolas Tamariz

Par curiosité je réalise une modeste recherche sur internet me permettant de me faire une idée sommaire de ce que représentent les maîtres d'armes espagnols du XVIIème siècle. Le résultat de ces recherches est mentionné dans la version de l'article figurant en Archives. Il s'agit d'une méthode d'escrime, la «  Verdadera Destreza » qui est basée sur des théories géométriques et mathématiques. Une des autres caractéristiques de cette école espagnole est notamment de comporter des déplacements circulaires et une recherche d'union avec l'arme adverse. José nous explique que cette pratique n'est pas sans rappeler certains principes des arts martiaux internes (Taiji et Bagua). Je crois comprendre du coup que la Destreza serait un excellent complément de la pratique à main nue ambidextre du Shenji Taiji quan à l'aide d'armes blanches.

J'ai découvert l'escrime vers 7 ans en Belgique à Gand ou je suis resté 4 ans. La devise de ce cercle très ancien, la Confrérie Royale de Saint Michel est : « N'évite pas, jamais ne cherche ». Mon Maître d'armes était Guy-Claude Piedfer. J'ai découvert des années plus tard qu'il avait été champion du monde de sabre et avait écrit un guide sur cette forme d'escrime. La salle où se déroulaient les cours se trouvait dans un étage du Beffroi de Gand qui date du XIVe siècle. Ce lieu avec un décor d'époque me laisse un souvenir inoubliable plein de nostalgie. La pratique de cette discipline me fait donc souvent penser à ce lieu exceptionnel et à mes anciens professeurs.

Le cercle d'escrime que j'ai fréquenté jusqu'au début des années 90 était en région parisienne à Gagny et dirigé par les Maîtres Fillon Jean-Louis et Valérie. J'y ai approfondi la pratique du fleuret et appris les 2 autres armes : l'épée et le sabre. Je me rappelle qu'une année un camarade devait participer à une pièce de théâtre et qu'à cette occasion rarissime, Maître Jean-Louis Fillion avait sorti dagues et rapières pour préparer une chorégraphie d'escrime ancienne. Je me souviens encore avoir travaillé ponctuellement avec ces armes pour aider le camarade concerné. Malheureusement, cet exercice très intéressant est resté sans suite.

J'ai abandonné l'escrime sportive parce que le travail de préparation était parfois en trop grande opposition avec l'apprentissage technique traditionnel que j'appréciais davantage comme la recherche de combinaisons, d'enchaînements techniques ou de « bottes » qui rendraient une attaque plus efficace. Cette idée était certes un peu naïve. L'aspect linéaire des déplacements par exemple devenait pour moi lassant comme le travail d'un côté unique. Avec plusieurs camarades nous avions imaginé des assauts à deux contre un ou trois contre un. C'était techniquement très amusant. Ce qui était certainement le plus intéressant était d'essayer de rester le plus longtemps possible sans être touché.

Je n'ai malheureusement pas pensé à l'époque de m'intéresser à l'escrime ancienne qui aurait peut être été pour moi un moyen de persévérer dans cette belle discipline.

Par la suite commencé la pratique des arts martiaux chinois en amateur avec le Wing Chun une boxe qui insiste sur l'ambidextrie mais reste assez linéaire, avant de passer au Wushu moderne avec le Changquan et le Nanquan que je pratique toujours avec mon professeur Tony Dehas. J'ai démarré récemment la pratique de la forme ancienne de Taiji quan enseignée par José Carmona que je trouve très complémentaire au reste.

Ce stage d'escrime ambidextre que José nous proposait il y a quelques mois m'a donc interpelé à de multiples égards lors de son annonce. La curiosité devait faire place ensuite à une certaine impatience…

Venons-en à présent au stage de Ricardo Pous. Avant d'utiliser le « fer » la méthode pédagogique consiste à réaliser les « formes » avec l'utilisation de 2 bâtons en bois ou « cannes », une longue et une courte. Ces cannes représentent la rapière et la dague (parfois appelée « main gauche »).

Ricardo nous explique qu'il a codifié 13 « formes » ou combinaisons sortes d'enchaînements de postures à pratiquer à deux pour étudier l'escrime ambidextre selon sa méthode. Ce qu'il nous montrera au cours de ce stage sera un concentré d'escrime pure, sans coups, ni projections de lutte. Les acrobaties ne feront pas non plus partie du programme !

La garde _ première position enseignée _ est, tout d'abord, celle de l'escrime classique. Le pied arrière est à l'équerre du pied avant avec un écart conventionnel. La rapière se prend grosso-modo comme l'épée de l'escrime actuelle en garde plutôt haute. La particularité de cette escrime est la posture de la main gauche portant une dague pouvant elle aussi parer et attaquer. Le bras gauche n'est donc pas inerte !

Les déplacements de marche avant et arrière sont pour l'instant linéaires. Ricardo nous montre également la passe-avant et la passe arrière (soit le pied arrière en équerre passe devant l'autre pied pour avancer ou bien le pied avant passe derrière le pied arrière en équerre pour reculer). Le déplacement d'attaque par excellence, la fente, ressemble à la « posture de l'arc » (gong bu) en boxe chinoise.

Lors d'un exercice d'enchaînement à deux nous découvrirons un déplacement particulier à l'escrime ancienne, la volte, sorte de mouvement tournant servant par exemple à porter une contre-attaque ou à effectuer une esquive.

Le premier travail à la canne est une répétition des parades en quinte et en sixte sur une attaque à la tête. La parade de quinte est commune avec le sabre. Celle de sixte également mais il me semble qu'elle est peu pratiquée en escrime moderne (sixte du sabre et non sixte de l'épée qui reste usuelle).

Les parades de côté basses et hautes droites et gauches sont aussi riches puisqu'elles comportent à la fois les positions de fer du sabre (arme de taille) et de l'épée (arme de pointe) : prime, seconde, tierce et quinte mais aussi ce qui me paraît être sixte, quarte, octave et septime. Il conviendra sans doute de renommer ces positions par rapport au contexte de la rapière.

Pour moi le nombre de ces parades s'expliquent sans doute du fait que la rapière de la Renaissance, plus ancienne que les autres armes de l'escrime (fleuret, épée et sabre occidentaux), est une sorte d'arme à « tout faire », à la fois de « pointe » et de « taille ».

L'autre rupture totale avec l'escrime sportive moderne est le changement de garde. Ce mouvement fort simple m'a donné l'impression de franchir une étape, de jeter une œil dans une autre dimension... En escrime sportive mono-dextre le changement de garde ne peut évidemment pas exister. La parade ou l'attaque passant d'une main à l'autre est au début très perturbante. Je me suis sentit d'un coup un peu comme un tennisman qui devrait tenter de jouer avec deux raquettes.

Nous apprendrons également un salut (mis au point par Ricardo) composé de plusieurs positions d'arme et de déplacements avec changement de garde.

Les enchaînements que nous mettons en œuvre alternativement en attaque et en défense nous permettent d'appliquer les différentes attaques et parades avec notamment une volte, un changement de garde puis une mêlée où les deux escrimeurs corps à corps se repoussent et se repositionnent lors d'un déplacement en arc de cercle.

La méthode de travail présentée sert utilement au travail de l'escrime de théâtre. Pour cela Ricardo nous explique que les pratiquants adaptent leur façon de faire (ou de fer !) :

•  La parade est alors rarement directe mais doublée d'un petit moulinet pour renforcer l'effet visuel (mais cela la rend l'action plus longue et donc martialement moins efficace).

•  Les attaques de « taille » sont également doublées d'un moulinet.

•  Les attaques notamment de « pointe » sont réalisées à distance sans risque de toucher l'adversaire. La distance de sécurité est en effet indispensable lors du travail avec le visage et le corps sans protection. Les accidents dont on peut aisément deviner les conséquences sont à éviter impérativement.

Il est certain que cette escrime ambidextre peut certainement être mise en œuvre de façon réaliste en retirant les moulinets et la distance de sécurité, dès lors que les armes sont mouchetées et que les pratiquants s'exercent avec des masques et protections adaptés. J'imagine que ces deux façons de travailler sont évidemment complémentaires dans la pratique de la Destreza à la fois pour les chorégraphies historiques avec la compréhension du geste mais également pour le travail martial permettant d'ailleurs de réaliser des assauts libres et improvisés, comme en escrime moderne. (Ce serait sûrement très amusant à essayer !).  

Frédéric Charpentier

Les photos sont issues des vidéos transmises aimablement par Thibaud Lutz au groupe Shenjiying.

 



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les pratiques // écrit par Frédéric Charpentier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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