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Biangan, le bâton du Shenji Taiji quan

 

Le biangan est une forme de bâton originaire de la province du Shanxi en Chine. A la différence du sabre et de l'épée dont le maniement n'a que peu de rapport avec les mouvements du Taiji quan, le biangan présente l'énorme avantage de pouvoir reproduire la pratique à mains nues. Ainsi, par exemple, il est possible d'effectuer l'enchaînement des 30 postures du Shenji Taiji quan tout en utilisant cet instrument qui tient à la fois de la canne et du bourdon du pèlerin.

 

Un art martial à part entière

Le maître mandchou Chang Yunjie n'enseigna jamais ouvertement la pratique des armes du Taiji à ses élèves (1). A ceux qui s'étonnaient de cette apparente lacune, il répondait en souriant qu'une arme n'est au bout du compte que le prolongement de la main nue. Cela devient évident avec le biangan , sorte de canne d'une longueur de 1 m 20 environ dont l'utilisation ambidextre apporte une dimension inattendue aux postures du Shenji Taiji quan. Le pratiquant peut, par exemple, la faire tourner comme dans la figure « Saisir la queue de l'oiseau » selon le principe de la « circulation spiralée », un balayage latéral se substituant à la parade de l'avant-bras (2). Il en va de même pour les autres mouvements de l'enchaînement qui peuvent tous être reproduits avec ce bâton… La manipulation du biangan prolonge ainsi la pratique de la boxe Taiji, qu'il s'agisse des séquences techniques, des exercices fondamentaux ou encore de l'autodéfense. D'un point de vue stylistique, ce jeu se distingue des méthodes de bâton long ( gun ) dérivées de l'école Shaolin, ainsi que des maniements de la perche longue ( zagan ) _ qui s'inspire de celui de la lance _ et du bâton court ( duangun ) dont la plupart des techniques proviennent des escrimes à l'épée et au sabre. Le biangan est une pratique fort ancienne en Chine qui possède une technique originale et constitue, comme nous allons le voir, un art martial à part entière.

La source du Shanxi

A l'instar de nombreux jeux de bâtons répandus de par le monde, l'histoire du biangan se plonge dans la nuit des temps. Relativement court, cet outil particulièrement adapté à la marche a accompagné l'homme dans d'innombrables activités. Dans les plaines du Nord de la Chine, on le retrouve dans les mains du bouvier, du portefaix, du charretier… Arme de défense, il a reçu les influences de nombreuses écoles d'arts martiaux comme celle de Shaolin, célèbre pour sa technique du bâton, ou, plus récemment, du tongbei du maître Ma Fengtu (1888-1973). Il est également depuis longtemps associé aux pratiques thérapeutiques comme l'attestent les représentations picturales découvertes sur le site archéologique de Mawangdui (IIe siècle av. J.-C.) dans le Hunan où l'on voit des adeptes d'une gymnastique de santé s'exercer avec une sorte de canne. Toutefois, la pratique du biangan s'est particulièrement épanouie dans la région du Shanxi _ un des plus anciens foyers de civilisation en Chine du Nord _ d'où proviennent les principaux maîtres qui, à l'époque moderne, lui ont donné ses lettres de noblesse. C'est à cette source que puisa, par exemple, Wang Tianpeng dont la dextérité hors normes lui valut le sobriquet de « Roi du bâton ». Parmi les sommités de la technique du Shanxi, il faut encore citer Wang Hanzhe dont l'un des disciples, le grand maître Chen Chengpu (1902-1996), popularisa la technique du biangan en l'associant à la pratique de santé du Taiji quan (3).

Souplesse et mobilité

La technique de biangan de l'association Shenjiying se rapproche par bien des aspects de celle du Shanxi telle qu'elle peut être démontrée de nos jours par des experts comme Zhang Xigui. Les déplacements des mains sur la canne sont fréquents et permettent ainsi d'utiliser les deux extrémités de celle-ci. La saisie peut être directe ( zheng ), inversée ( fan ) ou relâchée ( song ) en utilisant seulement le pouce, l'index et le majeur. Généralement, le biangan est tenu avec les deux mains yin (pouces en vis-à-vis), avec une opposition yin-yang (comme en brandissant une lance par exemple) ou avec une seule main yin ou yang. A la différence de nombreuses pratiques qui font largement tournoyer le bâton, la technique du biangan préconise de garder celui-ci au plus près du corps ( gan bu li shen ). Du point de vue du « travail du corps » ( shenfa ), le tronc ne reste pas droit mais se ploie et se déploie, se ramasse et se projette de façon à impulser la plus grande énergie possible. On retrouve par conséquent la technique corporelle fondée sur la souplesse et la mobilité qui caractérise le Taiji quan ancien ainsi que les formes élaborées de l'art martial chinois. Car ce qui est recherché ici, c'est bien la flexibilité que symbolise justement la canne de rotin que nous utilisons de préférence (4). Alors que les autres styles de Taiji quan placent la pratique des « armes » après l'apprentissage de l'enchaînement des postures, il nous paraît plus intéressant d'enseigner relativement tôt les rudiments de cet art particulièrement ludique. Ainsi, une fois maîtrisée la forme des 30 postures, le pratiquant pourra facilement constater la complémentarité des techniques à mains nues avec le maniement du biangan .

José Carmona

 

(1) Le silence du maître Chang Yunjie concernant la pratique des armes s'explique tant par sa volonté de rester discret que par l'absence de conditions favorables _ dans un quartier populaire au plus fort du pouvoir maoïste _ à une pratique explicitement martiale. Quanyou excellait dans les arts guerriers mandchous, jeux équestres et tir à l'arc. Sa panoplie guerrière comportait les armes blanches telles que le sabre, l'épée et la lance ainsi que, si l'on en croit Wang Peisheng, les poignards volants. Aujourd'hui, tout cela se ramène aux chorégraphies connues des pratiquants de Taiji quan issus de la lignée de Quanyou. Toutefois, il reste encore des choses à découvrir que ce soit à l'intérieur de ces techniques codifiées _ le sabre à deux mains découlant par exemple de certaines techniques d'épée _ ou, comme c'est le cas ici, à partir de la pratique à mains nues.

(2) Au sujet du principe de la « circulation spiralée », voir dans la rubrique Réflexions, l'article intitulé Pratique et éveil .

(3) Cf. Chen Chengpu, Biangan yundong , 1979.

(4) Le biangan du Shanxi est généralement en bois de frêne ( Fraxinus chinensis , baila shu en chinois).

 

 



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les pratiques // écrit par José Carmona

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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