La mort de Magellan
Fernando de Magallanes fut l'un des plus grands marins de tous les temps. Né vers 1480 dans une famille de la noblesse portugaise, il servit dans la flotte royale et participa à la prise de Malacca en 1511. Sept ans plus tard, il offrit ses services au jeune empereur Charles Quint pour ouvrir une nouvelle route des épices en contournant l'Amérique du Sud. Le découvreur du détroit qui porte aujourd'hui son nom n'acheva jamais la première circumnavigation de l'histoire. Son destin prit fin après la traversée du pacifique sous les coups des guerriers Moros du chef Lapulapu sur l'îlot de Mactan, le 27 avril 1521. Avec cet obscur roitelet nous rejoignons la petite histoire des arts martiaux puisque Lapulapu est non seulement considéré comme l'un des premier héros fondateur de l'identité philippine mais aussi comme une figure emblématique des arts martiaux qui ont essaimé depuis cette région du monde. Toujours curieux, j'ai creusé le sujet pour comprendre comment bâtons et coutelas avaient pu l'emporter sur les rapières et les dagues.
Dans l'imagerie d'Epinal qui aux Philippines illustre les premiers heurts entre conquistadores et guerriers autochtones, domine le thème du duel opposant le farouche Lapulapu, héros au torse nu, à Magellan, conquérant bardé de fer. Pour les passionnés de l'escrime philippine (kali, arnis, eskrima, etc.) ce combat illustrerait la redoutable efficacité voire la supériorité de leurs disciplines exotiques. Il est vrai que celles-ci ont atteint de nos jours un haut degré d'élaboration notamment par leur capacité à absorber les influences étrangères à commencer par la Destreza des soldats de la péninsule ibérique. Toutefois, lorsque l'on scrute les sources historiques, rien dans l'affrontement des guerriers moros avec les conquistadores ne laisse apparaître l'existence d'un art consommé de l'escrime chez les indigènes.
Nous connaissons les détails de la première expédition autour du monde grâce à son chroniqueur Antonio Pigafetta. Dans sa relation qui fut traduite en français aux environs de 1530, Pigafetta narre les circonstances du combat auquel il participa. Cette bataille, qui fut mortelle pour Magellan, s'inscrit dans le contexte des guerres tribales que ce livraient les insulaires. Accueilli par le roi de Cebu qui prétendait se convertir au catholicisme, Magellan contrevint aux volontés de Charles Quint en décidant de prendre part à la lutte de son nouvel allié alors en conflit avec le potentat d'un îlot voisin, Lapulapu. Confiant en la supériorité de son armement, Magellan se porta inconsidérément à l'assaut de l'île de Mactan avec une soixantaine d'hommes sous le regard des guerriers de Cebu qui s'étaient rassemblés sur des pirogues pour assister à la déconfiture de leurs ennemis. Le raport des forces en présence était encore plus défavorable pour Magellan qu'il ne le fut pour le général Custer à Little Big Horn. En face, plus d'un millier d'indigènes armés de lourds boucliers, pour se défendre contre les coups d'arquebuses, et de flèches empoisonnées. Dans un premier temps, les européens, qui n'avaient décidemment pas froid aux yeux, repoussèrent les guerriers moros et parvinrent même à bouter le feu à leur village. Rendus furieux par la destruction de leurs biens, les Mactanais revinrent à l'assaut en appliquant leur stratégie ancestrale de harcèlement, entourant les européens pour leur envoyer des volées de flèches dirigées vers les parties du corps non protégées par les armures. Débordés, les hommes de Magellan refluèrent vers leurs canots, leur chef protégeant tant bien que mal leur débandade. C'est ainsi qu'atteint à une jambe et affaibli par le poison, Magellan s'écroula avant d'être submergé par une nuée de guerriers qui le taillèrent en pièces. Parmi ceux-ci se trouvait peut-être le roi de Mactan mais nul ne peut l'assurer, les Philippins n'ayant conservé qu'un souvenir imprécis de cette bataille ce qui favorisa le développement de la légende de Lapulapu et de son duel homérique. Pigafetta quant à lui fut blessé au front ce qui lui évita d'être massacré quelques jours plus tard lors d'un banquet organisé par Humabon, le versatile roi de Cebu. Sur les vingt-six officiers qui répondirent à la perfide invitation, aucun ne regagna les vaisseaux! Notons enfin que sur les cinq navires qui entreprirent ce premier tour du monde, un seul revint en Espagne et que sur un équipage total de 237 hommes seuls une trentaine survécurent aux nombreuses péripéties de cette Odysée.
Que dire en guise de conclusion sinon que Magellan et ses compagnons, comme d'ailleurs les conquistadores des empires aztèque et inca, témoignèrent un courage physique extraordinaire et que leurs techniques de combat, indépendamment de l'usage d'armes à feu qui procurait un avantage très relatif, étaient alors incontestablement supérieures à celle de peuples dont les cultures guerrières, aussi respectables et fascinantes soient-elles, demeuraient primitives et ritualisées. On ignore, ce qu'aurait été l'évolution des techniques de combat de l'archipel phillipin sans les influences chinoise, européenne ou japonaise. Il reste qu'à l'époque de Lapulapu, comme nous l'avons vu, ces arts martiaux ne s'étaient pas encore fait connaître. José Carmona
février 2009
Pour en savoir plus :
Cf. Laurence Bergreen, Par-delà le bord du monde, L'extraordinaire et terrifiant périple de Magellan , Editions Grasset et Fasquelle, 2005.
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les pratiques // écrit en février 2009 par José Carmona
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