Du Golf Drouot au Taiji Quan
Quel rapport, allez-vous me dire, bande d’incrédules, entre un art martial comme le Taiji quan et un club de teenagers comme le Golf, a priori aucun. Eh bien c’est que vous n’avez pas connu le Golf Drouot dans le courant des années soixante, bande d’ignorants ! Car si le mont Wudang est le berceau et le temple du Taiji, pendant les sixties, le golf Drouot était le temple du rock n’roll en France. Deux temples donc, avec chacun leurs dieux, leurs fidèles, leurs grands prêtres et leurs offices. Ce qui prouve déjà, n’en déplaise à Darwin, que les similitudes entre le fin fond de la Chine et le carrefour Richelieu Drouot sont plus importantes qu’entre les grands singes et l’espèce humaine.
Autre exemple, à Wudang les moines psalmodiaient en faisant tourner les moulins à prières, nous au Golf nous psalmodions en faisant tourner les filles au rythme des guitares électriques. Pour le niveau sonore, entre nous et les moines, il n’y avait pas photo. J’entends déjà les chiennes de garde crier au loup, oser comparer des filles et des moulins à prières, quel scandale ! Mais en y réfléchissant bien, hein…
Un autre point de ressemblance, la pratique martiale. Le mont Wudang, comme on l’a vu plus haut, était le berceau du Taiji quan, et de ce fait, formait de redoutables combattants, le Golf Drouot aussi. Qui n’a jamais assisté à une grande baston, à la sortie du club entre mods et rockers doit immédiatement courir jusqu’à son vidéo club louer “Orange mécanique” pour se le visionner en boucle, cela lui donnera une vague idée de ce qu’il a loupé. Et en plus, vous voyez une grosse différence entre un nunchaku et une chaîne de vélo, vous ?
Les Dieux maintenant. En Chine on priait et l’on admirait Confucius ou Lao-Tseu, idoles des jaunes. Nos Dieux à nous c’était Johnny, Eddy et tous les autres que l’on appelait idoles des jeunes. Pareil je vous dis !
L’éclairage dans les temples était assez discret, les moines priaient dans une semi-pénombre, c’était bon pour la concentration. Au Golf, dans le même genre, il y avait la salle de slows. Un éclairage super tamisé, autant dire que l’on savait à peine si on dansait avec une fille ou un garçon, heureusement le renseignement manuel fonctionnait bien. Quand tu sortais de la salle pour aller écouter les groupes qui jouaient sur le tremplin, soit tu étais couvert de rouge à lèvres soit tu avais pris un coup de tête dans la gueule. Heureusement pour moi je voyais très bien dans le noir.
Voilà déjà pas mal de points communs entre le Golf Drouot et le Taiji quan, mais il me semble que parmi vous, honorables lecteurs, il se trouve encore quelques irréductibles qui n’adhèrent pas à mes arguments. Hé bien, bande de dénégateurs endurcis, je vais vous asséner le coup de grâce. Malgré toute votre mauvaise foi, vous ne pourrez pas nier le rapport étroit existant entre les postures du Taiji quan et celles du rock n’roll et de ses dérivés.
Prenons tout d’abord la position du « simple fouet » dans le Taiji. Ne vous rappelle-t-elle pas le pas de base du mashed potatoes ? Celles de « l’éventail » ou « bander l’arc » ressemblent à s’y méprendre aux gestes effectués en dansant le jerk. L’énergie spirale et le twist, kif kif bourricot ! Le hully gully et « le faisan doré » se tenant sur une patte, idem ! Quant au rock, il suffit de consulter les photos qui se trouvent dans l’excellent ouvrage de Chen Weiming “Questions et réponses sur le Taiji quan” pour s’apercevoir immédiatement de la relation étroite existant entre le rock n’roll et le Taiji quan.
Nous voici arrivés au bout de la route 66, les copains. Si ma démonstration ne vous a pas convaincus, bande de saint Thomas de bazar libanais, j’en suis navré ! Pourtant tout ceci ne m’empêchera pas de continuer à pratiquer le Taiji sans enlever le perfecto que je portais au Golf Drouot pendant les sixties.
Vous voyez bien qu’il y avait un rapport !
Robert Bigalion
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réflexions // écrit en juin 2007 par Robert Bigalion
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